la souffrance comme allié

 

La souffrance est l’occasion d’aller interroger ce qu’elle révèle. Bien souvent, la souffrance physique est le symptôme d’une souffrance autre. Elle est comme un leurre qui permet d’aller prendre conscience qu’elle n’apparaît pas par hasard. Le symptôme cache une autre réalité. Par exemple, un mélanome signale un cancer de la peau ; la peau est notre lien entre le monde intérieur et le monde extérieur ; Il y a un endroit dans ma relation avec le monde qui n’est pas juste. Il faut sans doute soigner l’aspect physiologique, par les médecines que l’on choisit ; il convient sans doute également de soigner l’aspect psychosomatique, ce que j’appellerai « l’esprit de la maladie », c'est-à-dire les causes profondes. L’esprit de la maladie, c’est ce que dit le corps, ce que nous dit le corps.

 

Qu’est-ce que c’est un symptôme ? que nous dit le symptôme ?

En fait, la première chose que nous devons apprendre est que le symptôme n’est ni bon ni mauvais – il est l’expression de la bonté fondamentale parce qu’il manifeste une disharmonie entre les trois notes : la note de tête, de cœur et de bassin.

La personne s’auto-guérit quand elle commence à prendre conscience qu’il y a disharmonie entre les trois notes – le spécialiste, parce qu’il connaît les instruments, peut identifier quel est « l’instrument » ou « la note » qui est disharmonieuse.

Par exemple, si je souhaite aller au concert parce que j’ai promis d’y aller, mais je n’ai pas vraiment envie d’y aller parce que j’ai des amis chez moi qui ne peuvent venir. Mon bassin suit la tête et je vais au concert. Si je me tords la cheville en allant au concert, je peux dire que j’y suis allée à « contrecœur » - mes trois notes n’étaient pas alignées.

Quand l’ancrage « tête-cœur-bassin » est parfait, alors, il ne peut rien nous arriver.

 

Pourquoi le « symptôme » est notre ami ?

Le symptôme nous alerte et nous informe. C’est en cela que, au-delà de la souffrance physique (qui est réelle), nous devons comprendre ce qui se passe derrière ce symptôme. La souffrance physique nous impose de soigner mais aussi de chercher à changer ; de reconnaître ce « phare ». Il faut apprendre à aller regarder le message qui est derrière les apparences. Si je reprends l’exemple, en fait je ne voulais pas aller au concert. La tête a pris le dessus sur le cœur.

 

La souffrance n’est ni bonne ni mauvaise – c’est parfait.

La souffrance, c’est l’ouverture à changer. L’individu, en tant qu’être sensible, peut se transformer ; sur la base de la souffrance, ses croyances s’érodent. Et c’est en cela que la souffrance est vérité. Les gens se changent, par la force de la souffrance. On ne peut changer le monde ; puisque le monde est notre propre projection. C’est en changeant qu’on change sa propre vision du monde.

Quand tu dessers l’étau de la saisie, de la croyance, tu touches à la gratitude : il n’y a pas de victime, il n’y a pas de bourreau. Les choses sont justes là où elles sont. Il n’y a que reconnaissance. Il faut mourir à l’idée – vivre l’inconnu non pollué par la mémoire du passé –

L’espace dans lequel l’esprit va contempler sa propre béatitude – c’est là qu’est la liberté.

 

L’inspiration créatrice elle est en phase quand on est aligné avec son cœur. On peut partager le sentiment de ce qu’est le vivant. En soit, la plus belle satisfaction d’être vivant, d’avoir souffert, c’est de partager. Et c’est en ça que l’empreinte de la patte du cerf n’est pas celle de l’éléphant, si éphémère soit-elle ; chaque trace que tu laisses a une histoire. C’est toute la beauté du monde de partager ces histoires. Pouvoir apprendre du monde, pouvoir apprendre de la vie.

 

Dans le soufisme on utilise la transe et le son pour se connecter au divin. L’énergie, le son et la transe – les trois notes sont à l’unisson – nous sommes des points telluriques – on est l’antenne reliée au divin. La musique crée cet état dans lequel l’esprit peut, par la contemplation, reconnaître sa propre nature.

 

C’est pour cela qu’ils faisaient des cathédrales, des temples, par lesquels le prêtre pouvait s’unir au divin par le son, par la résonance. L’harmonie permet d’aligner. Le charbon, quand il est aligné, devient diamant. C’est le taux vibratoire qui purifie. Plus le charbon est aligné, plus il laisse passer la lumière – plus il est parfaitement aligné, immobile, et tranquille. C’est la conscience pure qui traverse. C’est la nature propre de l’esprit d’être auto-connaissant. La purification n’est qu’alignement. Esprit, cœur, bassin.

Dans le Soufisme, on est pleinement présent avec le divin, soit par la musique, soit par le corps, dans la danse. Il n’y a pas d’interférence par le mental (qui lui ne laisse pas passer la lumière). Tout le but de la vie, c’est d’arriver à l’expérience du chemin que la vie nous fait prendre ; c’est notre capacité à accorder tous les jours notre instrument de musique : note de cœur, de tête, de bassin.

 

Les branches de notre être ne peuvent prendre le soleil, si on n’a pas de bonnes racines.

Les bonnes racines viennent d’une bonne terre ;  l’enracinement d’une bonne terre vient d’une connaissance. C’est une forme de reconnaissance, d’hymne à la bonté de nos aïeux, de nos parents, qui nous ont légué quelque chose à transformer. Ils nous ont légué quelque chose à comprendre ; c’est là qu’est le sacré. Le sacré est juste dans le fait de reconnaître que les choses sont parfaites en soi, ici et maintenant. Les choses que l’on a reçues sont à reconnaître. La première des choses est la gratitude, le respect par rapport à soi. Par les moyens magiques, on peut planter un arbre. Le voir grandir. Ce qu’on aura donné à un arbre, le voir grandir, le voir évoluer, sera notre récompense. Au même titre que nos anciens nous ont donné du temps, de l’amour… au-delà des fausses notes de musique. Au-delà du bien et du mal.

 

Les peurs ne sont qu’un voile ; il suffit de traverser le voile.

Les peurs ne sont pas ce qu’elles prétendent être. Elles ne sont qu’apparence. C’est pour ça que la peur occulte notre propre bonheur ; parce qu’elle masque la réalité dans sa propre apparence. C’est l’ombre qui cache la lumière.

C’est difficile de voir la clef qui ouvre la porte du grand mystère ; ce n’est jamais là où l’idée pense qu’elle est ; cela ne passe pas par l’analyse du mode conceptuel – on ne pourra jamais y accéder. C’est comme si on voulait attraper le vent avec un lasso. Le vent, on ne peut pas l’attraper, mais on peut s’en servir.

 

L’essence même de l’homme est dans sa capacité à être compassion.

Notre culture nous a souvent appris la pitié. La pitié n’est pas compassion. Dans la pitié, il y a incompréhension – la compassion a une clarté de l’esprit – on voit que c’est la nature même de la méprise qui est l’émergence du Samsara ; ce qui est conditionné est, par essence, souffrance.

Nos maux sont nos meilleurs alliés ; c’est la bonté inconditionnelle : c’est parfaitement présent pour nous faire voir ; et tant qu’on ne voit pas, cela revient.

 

 

 

 

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